Chères et chers collègues, Ia Ora Na,
Je tiens à vous présenter mes sincères félicitations pour votre engagement efficace au service, de vos élèves de ce territoire, de notre discipline et de votre établissement d’affectation.
Notre discipline d’enseignement est très dynamique, les groupes de réflexion sur sa didactique tant en collège qu’en lycée produisent des ressources (pour tous), impulsent ou diffusent des innovations, des réussites en classe avec le cadre d’application possible, échangent sur des pratiques d’animation, de gestion de classe, de travaux interdisciplinaires qui permettent une plus grande efficience dans l’acte pédagogique.
Nos élèves sont très motivés et très brillants grâce à votre action dans les concours scientifiques ou à la préparation du Grand Oral avec des thèmes de physique ou de chimie retenus.
Lors des périodes d’examens, chacun d’entre vous montre un sérieux, une adaptabilité, une disponibilité qui sont remarquables afin que nos candidats du moment puissent être évalués dans les meilleures conditions à la lumière de votre expertise.
I. Quelques éléments épistémologiques sur la physique (et la chimie)
L’ensemble de la communauté scientifique s’accorde à déclarer que la physique est la science fondamentale, celle sur laquelle toutes les autres, chimie, médecine, botanique, biologie, ... s'appuient.
Ainsi la physique se doit d'être cohérente, précise et prédictive.
- Précise, la physique l'est en ce sens que les conclusions auxquelles on aboutit doivent pouvoir être vérifiées. Pour le philosophe anglais Karl POPPER, ce qui caractérise la physique est la possibilité que nous avons de pouvoir la réfuter.
- Prédictive: "ce qui parle en faveur d'une théorie, plus encore que son aptitude à expliquer des phénomènes déjà constatés, c'est sa capacité d'en prédire de nouveaux, inconnus jusque là, mais que l'on peut vérifier". Ceci ne veut toutefois pas dire que la physique est déterministe.
- Cohérente car elle doit reposer sur un nombre limité de postulats. Il ne faut évidemment pas qu'il y ait autant de principes que de situations; ou alors, les principes ne sont que des recettes.
Cette cohérence, cette logique sont nécessaires mais elles caractérisent finalement plus la physique qui s'enseigne au risque de la scléroser que la physique qui se fait et qui est surtout affaire d'imagination.
On a pu ainsi dire des physiciens qu'ils sont des conservateurs révolutionnaires :
- conservateurs parce qu'ils essaient d'appliquer d'abord les théories existantes, quitte à en étendre de façon déraisonnable le champ d'application;
- révolutionnaires ensuite parce que si les théories existantes ne marchent pas, alors, tout est permis.
Le grand physicien allemand Max PLANCK tempère quelque peu cette audace dans son style inimitable:
"Une vérité scientifique ne s'impose pas tant par le fait que ses adversaires soient convaincus de sa valeur et s'y convertissent, mais bien plutôt que ses adversaires disparaissent progressivement en passant de vie à trépas et que la nouvelle génération fait d'office confiance à cette vérité."
Faire de la physique, c'est d'abord rechercher une explication, c'est-à-dire une harmonie. Or, il n'est pas sûr que cette harmonie existe. Je citerai EINSTEIN:
"Ce qu'il y a de plus incompréhensible, c'est que le monde est compréhensible"
Enfin, la physique est une science expérimentale. Les faits sont têtus et l'expérience est le juge qui peut détruire les théories les plus séduisantes. Il arrive parfois que les physiciens prennent quelque liberté avec l'expérience. On discute encore pour savoir si GALILEE a réellement fait les expériences qu'il décrit. Je citerai une dernière fois EINSTEIN parlant de Max PLANCK :
"C'était un des êtres les plus intelligents que j'aie jamais connus. Mais, pendant l'éclipse de 1919, il est resté debout toute la nuit pour voir si elle allait confirmer la déviation de la lumière dans le champ gravitationnel du Soleil. S'il avait vraiment compris la façon dont la théorie de la relativité générale explique l'équivalence de la masse inerte et de la masse gravitationnelle, il serait allé se coucher comme moi.".
Au niveau de la classe, il faut ainsi enseigner au maximum la physique chimie selon ses principes épistémologiques et donc sur une méthode fondée sur l’investigation, sur des démarches actives, sur des questions ouvertes.
Notre discipline a été l’une des premières à utiliser le numérique comme auxiliaire didactique en tant qu’outils de laboratoire, puis comme modélisateurs et simulateurs.
Les expériences assistées par ordinateur sont présentes dans l’enseignement de notre discipline depuis plus de 25 ans. Cependant un nouveau paradigme s’insère tout doucement mais surement dans la didactique, celui de l’apport de l’intelligence artificielle.
Le rapport aux savoirs change entre élèves, professeurs et l’interface numérique « intelligente ».
Les pratiques, les modalités d’évaluation doivent également être repensées.
La mesure de la performance et ses enjeux éthiques se posent ainsi aussi bien dans la classe, dans l’établissement, dans l’ensemble du territoire. La problématique est complexe et demande des réponses nuancées à tous niveaux.
Claude Thélot, Claude Lessard et Philippe Perrenoud ont montré l’effet pervers de l’absence d’évaluation ou lors d’une évaluation mal utilisée.
Il faut ainsi œuvrer par rapport aux finalités voulues à partir d’indicateurs choisis par leur pertinence et non pas pour ces indicateurs. Cela englobe évidemment les évaluations effectuées en classe qui doivent permettre de réguler l’enseignement et non pas d’en donner une succession d’images figées des acquis des élèves sans interaction avec la suite des apprentissages.
L’utilisation de l’intelligence artificielle sera d’une grande aide dans ce processus qui se doit évolutif et bijectif entre enseignement et les divers types d’évaluation.
En conséquence, l’évaluation devient partie intégrante de la formation des élèves, contrairement aux évaluations sommatives traditionnelles, qui sont généralement conçues par les professeurs et vécues par les élèves comme ayant pour seul objectif celui d’attribuer une note.
Ainsi l’évaluation des acquis des élèves en termes de compétences dans le contexte du socle et du nouveau lycée nécessite un travail en équipe disciplinaire et en équipe pédagogique. Ce nouveau paradigme professionnel permet d’inscrire l’action de chacun dans la stratégie de l’établissement. Sur une cohorte, un niveau, un cycle, on peut ainsi afficher la valeur ajoutée ou la moins value en rapport avec la politique éducative et pédagogique mise en œuvre. Cela peut porter sur des progressions ou des régressions de certaines compétences, de réussites aux examens, d’orientation valorisante prenant en compte les capacités de l’élève, de comparaison de résultats à divers tests ou d’examens « blanc », ...
Les enjeux pour notre discipline d’enseignement expérimental sont primordiaux dans le cadre de l’autonomie de votre établissement, afin d’argumenter et de montrer la nécessité qu’au moins à certains moments vous devez officier devant des groupes d’élèves à effectif allégés.
A l’échelle de notre service public d’éducation, son évolution pédagogique concerne les curricula des différents niveaux et filières de l’école élémentaire au niveau post baccalauréat. La finalité de notre système éducatif n’a pas changé au cours des décennies, former des citoyens acteurs pouvant obtenir une insertion professionnelle et sociale, seule la stratégie nécessaire pour y arriver évolue car elle doit prendre en compte l’exigence du présent et les perspectives de l’avenir.
Les épreuves d’examens qui sont des évaluations certificatives à portée sociale sont elles aussi dans une logique d’équité entre les candidats, équité spatiale et temporelle, d’où les séances d’entente en amont et d’harmonisation en aval des corrections. Elles donnent une image de l’efficience disciplinaire et en cela leurs résultats doivent aussi interroger chacun afin de réguler l’enseignement ou la formation à son niveau afin d’en améliorer l’efficacité. Vous comprendrez bien alors que le service public d’éducation ne peut accepter l’explication d’une baisse significative des résultats basée seulement sur la motivation ou le niveau des candidats puisque cette évaluation arrive en fin de formation. Il revient à chacun d’entre nous de trouver les leviers, les stratégies afin d’adapter et diversifier l’enseignement , et donc les modalités d’évaluations, afin que chacun des élèves accueillis puissent aller au maximum de leurs capacités.
2. Quelques ressources possibles pour enseigner la physique-chimie
La pédagogie de projet, de défis sont des éléments moteur de dynamisme d’enseignement en donnant plus de sens aux apprentissages pour les élèves, permettant de développer notamment des compétences psycho-sociales, l’argumentation, la rhétorique, l’utilisation d’applications numériques…In fine, cela développe l’appétence pour le cursus de formation ainsi que pour l’enseignement de la discipline.
Cela impulse également une meilleure ambiance de travail en classe.
Des pédagogies de projets portant sur des thèmes de sciences d’actualité notamment sur la transition énergétique, les énergies renouvelables, le recyclage des déchets, l’énergie nucléaire et ses conséquences, les mouvements, la flotabilité, l’émission de sons…avec une présentation lors de moments spécifiques comme lors des journées polynésiennes, lors de laiisons de convergence entre les cycles, sont des leviers permettant d’accroître l’appétence des élèves pour leur cursus et pour notre discipline.
Une autre possibilité concerne la pédagogie de défi avec la participation d’un groupe d’élèves ou de classe à un concours territorial ou national. Ainsi, comme l’année scolaire dernière, devant l’engouement constaté, avec l’autorisation de Madame la Ministre de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la culture, deux concours territoriaux scientifiques avec une focale physique ou chimie seront mis en oeuvre. L’un ciblant le niveau collège, l’autre le niveau lycée avec une possibilité d’un mixte élèves de 3ème - élèves de 2nde afin de contextualiser la liaison de convergence collège-lycée.
Les inscriptions pour les concours collège et lycée, avec le contenu des attendus seront ouvertes prochainement.
Vous pouvez demander tout renseignement pratique à deux de vos collègues ayant une charge de mission auprès de l’inspection pédagogique de physique-chimie ou consulter notre site disciplinaire :
- Pour le niveau collège, Madame Servane RUGGIERI, [email protected]
- Pour le niveau lycée et la liaison collège-lycée, Madame Manuella HEITZ,
- Site disciplinaire : https://www.ac-polynesie.pf/minihome/physique-chimie-122795
Un ensemble de ressources est mis à disposition afin d'accompagner la mise en œuvre de l'enseignement de physique-chimie, du cycle 3 au cycle terminal. Ces ressources, conçues par des groupes académiques en partenariat avec l'Inspection Générale de l'éducation nationale, proposent des documents pédagogiques, didactiques et scientifiques pour organiser la progressivité des apprentissages, des réflexions et des analyses sur les différentes modalités d'enseignement :
https://eduscol.education.fr/2318/physique-chimie
https://www.sciencesalecole.org/
Le cahier de “laboratoire”, très utilisé dans le post-bac est un support de formation opportun pour les élèves, tout en étant un outil de suivi du collège à la fin du lycée.
Sa forme peut varier mais son objectif principal serait de garder une trace des savoirs et des savoir-faire, des hypothèses de travail, des schémas de montage et des résultats commentés.
Il pourrait ainsi servir de ressources pour l’élève et de points d’ancrage pour le professeur, concernant notamment l’utilisation de matériel de laboratoire (verrerie ou appareils de mesure), les règles de sécurité usuelles, les savoirs et savoir-faire essentiels à retenir, …
3. Conclusion
Je terminerais par deux citations, qui illustrent assez bien ce que devrait être le pensum du professeur de physique-chimie permettant de répondre magnifiquement aux exigences du moment en prenant en compte l’environnement culturel, historique, géographique dans lesquels nos élèves vivent et se construisent.
Lord Kelvin
- En cette fin de XIXème siècle, la physique est pratiquement achevée : seuls restent deux problèmes mineurs à résoudre...
(C'étaient le résultat négatif de l'expérience de Michelson et Morley et les infinis apparaissant dans le calcul du rayonnement du corps noir ; ces 2 problèmes ont joué un grand rôle dans la naissance de la relativité et de la mécanique quantique.)
Sir Arthur Eddington
- Il paraît que la théorie de la Relativité (exposée par Albert Einstein en 1905) n'est comprise que par 3 personnes? Je me demande bien qui peut être la troisième.
Surtout ayez toujours à l’esprit cet avertissement que l’on trouve à l’entrée du batiment de physique de l’université de Cambridge (où a officié Isaac Newton)
« Attention: la physique peut vous ouvrir l'esprit! »
Vous pouvez être assuré de mon écoute et accompagnement dans vos pratiques pédagogiques réflexives, innovantes, collaboratives entre pairs au service de la réussite du parcours de formation de chacun de vos élèves, autant dans la classe qu'en dehors de celle-ci.
Les résultats globaux concernant la physique-chimie montrent avec éclat une grande qualité de l’enseignement de la physique-chimie dans notre territoire.
Je vous souhaite une excellente année scolaire.
L’IA-IPR de physique-chimie
Pascal Schrapffer

Mise à jour : septembre 2026


