À Tubuai, faire vivre partout la même ambition pour l’École

À Tubuai, faire vivre partout la même ambition pour l’École

Du 12 au 14 août 2026, André Canvel, vice-recteur de la Polynésie française, et Samantha Bonet-Tirao, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Culture, se sont rendus ensemble à Tubuai. deux journées de rencontres avec les élèves, les personnels, les familles et les élus, qui ont permis d’aborder très concrètement les enjeux éducatifs de l’île. Au-delà de Tubuai, ce déplacement porte une conviction : l’éloignement géographique ne doit jamais devenir un éloignement du service public de l’éducation.

Dans un territoire aussi vaste que la Polynésie française, l’École se construit aussi dans chacune des îles, au plus près des élèves, des familles et de celles et ceux qui la font vivre quotidiennement.

C’est tout le sens du déplacement effectué à Tubuai par les représentants de l’État et du Pays pour l’éducation, accompagnés de leurs équipes et de l’inspecteur référent des Australes.

Pendant deux journées pleines, les visites d’établissements, les échanges avec les personnels, les rencontres avec les parents d’élèves et les élus, mais aussi la découverte de plusieurs lieux patrimoniaux et culturels de l’île ont permis d’aborder l’éducation dans toutes ses dimensions, allant des apprentissages aux conditions d’accueil des élèves, l’orientation, en passant par la formation professionnelle, l’internat, la relation avec les familles et l’inscription de l’École dans son territoire.

L’égalité territoriale ne signifie pas l’uniformité

À Tubuai comme dans toutes les îles de Polynésie française, la géographie crée des contraintes particulières : éloignement, mobilité des personnels, accès aux formations, poursuite d’études, infrastructures, déplacements des élèves ou hébergement.

Ces contraintes doivent être pleinement prises en compte dans la manière dont les politiques éducatives sont conçues et mises en œuvre.

L’égalité devant l’éducation ne signifie pas que tout doit être organisé partout exactement de la même manière. Elle signifie que chaque élève, où qu’il vive, doit pouvoir bénéficier de la même ambition pour son avenir. C’est un enjeu majeur pour la Polynésie française.

L’éloignement ne doit jamais conduire à considérer les établissements des archipels comme périphériques. Ils sont au contraire au cœur de la mission du service public de l’éducation, laquelle vise à permettre à chaque jeune de construire son parcours, sans que son île de résidence ne détermine à elle seule l’étendue de ses possibilités.

Cela suppose d’agir sur de nombreux leviers et, surtout, de connaître les réalités de chaque territoire.

Au collège, valoriser toutes les voies de réussite

La visite du collège de Tubuai a permis à la délégation de découvrir les infrastructures de l’établissement, les travaux en cours et plus particulièrement le CETAD. La place accordée à cette séquence n’est pas anodine.

L’École doit permettre à chaque élève de trouver progressivement la voie dans laquelle il pourra réussir. Cela implique de combattre une représentation encore trop fréquente selon laquelle certaines orientations constitueraient des parcours de moindre valeur. Il n’existe pas, d’un côté, les parcours qui mériteraient d’être valorisés et, de l’autre, ceux que l’on choisirait par défaut.

La formation professionnelle, l’apprentissage des gestes et des savoir-faire, la découverte des métiers et l’acquisition de compétences directement mobilisables sont pleinement constitutifs de la réussite scolaire. Cette exigence est particulièrement importante dans les archipels, où la réflexion sur l’offre de formation doit prendre en compte à la fois les aspirations des jeunes, les possibilités de poursuite d’études et les réalités économiques des territoires. Car former, c’est aussi permettre à un jeune de se projeter.

La visite, le lendemain matin, de la 3e compagnie de formation professionnelle du Régiment du service militaire adapté (RSMA) a prolongé cette réflexion. Elle a permis de rappeler la diversité des dispositifs qui peuvent accompagner les jeunes vers la qualification, l’autonomie et l’insertion professionnelle. La réussite ne se mesure pas à l’uniformité des parcours, mais à notre capacité collective à offrir à chacun une perspective.

L’internat, un véritable lieu d’éducation

La première journée s’est également achevée par une visite de l’internat et une rencontre avec les élèves internes et les assistants d’éducation. Dans les archipels, l’internat occupe une place particulière. Il n’est pas simplement une solution d’hébergement rendue nécessaire par les distances. Pour de nombreux élèves, il constitue un véritable lieu de vie, parfois loin de leur famille et de leur île d’origine.

La qualité de l’accueil, de l’encadrement et de l’accompagnement est donc essentielle. Un internat réussi doit offrir des conditions favorables au travail scolaire, mais également à l’apprentissage de l’autonomie, à la vie collective et au bien-être des élèves.

Derrière la question des bâtiments ou des capacités d’accueil se trouve ainsi un enjeu profondément éducatif et humain. L’attention portée aux internats est indissociable de l’objectif d’égalité territoriale : permettre la mobilité nécessaire à la poursuite des études sans que cette mobilité se traduise par une rupture dans l’accompagnement du jeune.

Construire l’École avec les personnels et les familles

L’un des temps forts du déplacement a été consacré à une réunion d’information réunissant les équipes du premier et du second degrés ainsi que les parents, autour des travaux engagés sur la Charte de l’éducation. Cette rencontre traduit une méthode.

Les grandes orientations du système éducatif polynésien ne peuvent être seulement conçues depuis les institutions. Elles doivent se nourrir de l’expérience des personnels, des attentes des familles et de la parole de celles et ceux qui vivent l’École au quotidien.

Le lendemain, une rencontre spécifique avec les représentants des parents d’élèves du premier degré a prolongé ces échanges. La relation entre l’École et les familles est l’une des conditions de la réussite des élèves.

Cette relation suppose de la confiance, de l’écoute et de la clarté. Les familles doivent pouvoir comprendre les attentes de l’École, les parcours proposés et les décisions qui concernent leurs enfants. L’institution scolaire doit, de son côté, entendre leurs interrogations et prendre en compte la réalité des territoires dans lesquels elles vivent.

Dans une société où les attentes envers l’École sont fortes, la réponse ne peut être le repli institutionnel. Elle doit être le dialogue. Un dialogue exigeant lorsque cela est nécessaire, mais toujours fondé sur une responsabilité partagée : celle de donner aux enfants les meilleures conditions possibles pour apprendre et grandir.

État, Pays et communes : agir ensemble plutôt que côte à côte

La présence conjointe à Tubuai de la ministre et du vice-recteur traduit également la singularité et la force du modèle éducatif polynésien. L’éducation y repose sur des responsabilités partagées entre la Polynésie française et l’État, auxquelles s’ajoute l’action déterminante des communes, notamment dans le premier degré et dans la vie quotidienne des écoles.

Cette organisation institutionnelle pourrait être perçue comme une complexité. Elle doit au contraire devenir une force dès lors qu’elle permet à chacun d’agir dans son champ de compétences autour d’un objectif commun : la réussite des élèves. Car, dans ce domaine plus qu’ailleurs, aucune institution ne peut agir seule. Les questions rencontrées à Tubuai l’illustrent parfaitement.

L’enjeu du partenariat entre l’État et la Polynésie française, en cours de renouvellement, est précisément de passer d’une logique de partage des compétences à une culture de la responsabilité commune. Cette coopération doit être visible au sommet des institutions et produire des résultats concrets dans les établissements et pour les élèves.

Une École profondément ancrée dans son territoire et sa culture

À Tubuai comme ailleurs en Polynésie française, l’École accueille des enfants porteurs d’une histoire, d’une langue, de références culturelles et d’une relation particulière à leur environnement.

Reconnaître cet ancrage ne signifie pas renoncer à l’ouverture. C’est au contraire lui donner des fondations. L’École doit simultanément permettre aux élèves de connaître le territoire dont ils héritent et leur donner les outils nécessaires pour comprendre le monde, poursuivre leurs études, se déplacer, choisir leur avenir et y prendre toute leur place. Comme l’ont rappelé le vice-recteur et la ministre, l’enracinement et l’ouverture ne s’opposent pas ; ils se renforcent. Cette articulation constitue l’un des enjeux majeurs de l’éducation en Polynésie française.

Cette visite de terrain aura permis de rappeler qu’une politique éducative se construit au plus près des élèves. Aucun élève ne doit penser que son avenir est plus étroit parce qu’il grandit loin de Tahiti, tout comme aucun personnel ne doit avoir le sentiment d’exercer aux marges du système éducatif. Sous ce prisme, aucune île ne doit se considérer comme éloignée de l’ambition collective que l’État et le Pays portent mutuellement pour la jeunesse polynésienne.

Mise à jour : août 2026